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Rémy Hebding, lecteur de Rousseau |  |  |
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Rémy Hebding, lecteur de Rousseau Rémy Hebding, journaliste, fut longtemps rédacteur en chef de l‘hebdomadaire Réforme. Auteur, parmi d'autres livres, d'une biographie sur Kierkegaard, il nous propose aujourd'hui une lecture de l‘oeuvre de Jean-Jacques Rousseau Jean-Jacques Rousseau, les lumières grâce à Dieu, une lecture en chemin de traverse. Rencontre.
AAP Rémy Hebding, votre dernier livre portait sur la communication et le protestantisme. Vous avez aussi publié une biographie sur Kierkegaard. Pourquoi cet intérêt aujourd'hui pour Jean-Jacques Rousseau ? Parcourez-vous son œuvre depuis longtemps ?
Rémy Hebding C’est un texte d’Henri Guillemin qui m’a donné envie d’aller voir un peu plus loin que la lecture des Rêveries du promeneur solitaire, des Confessions ou du Contrat social. D’explorer un peu plus avant cet auteur mis à l’écart par les philosophes de son temps. Voltaire et Diderot appréciaient peu cet ingénu se disant chrétien tout en ayant opté pour la raison. Il allait jusqu’à affirmer une liaison bienheureuse entre cette dernière et la foi ! Leur vision étroitement anticléricale rendait bonnement la chose impensable. Et c’est en cela que Rousseau m’intéresse particulièrement. Sa pensée originale interroge les Lumières à la française sur la pertinence de la coupure qu’ils ont imposée depuis deux siècles entre foi et raison. C’est une particularité typiquement hexagonale qui n’a pas d’équivalent dans la culture allemande, britannique ou américaine. Elle a pour effet désastreux de marginaliser toute intelligence de la foi.
AAP Qu'avez-vous voulu souhaiter dire, montrer au lecteur de ce philosophe ?
RH Je n’ai pas voulu écrire une biographie exhaustive rendant compte des moindres agissements de Jean-Jacques. Le nombre réduit de pages ne me le permettait pas. J’ai voulu entreprendre un parcours intellectuel de quelques thèmes majeurs où les questions théologiques entrecoupent celles de philosophie politique ou de psychologie. Car on a trop souvent privilégié le précurseur social ou le pédagogue au détriment de ses préoccupations religieuses pas moins intéressantes. Au contraire.
Je n’ai surtout pas voulu faire une hagiographie où Rousseau serait présenté comme un saint laïc ayant des réponses à toutes nos préoccupations actuelles. J’ai surtout voulu présenter un auteur vivant de ses contradictions. Et ne sachant pas nécessairement les résoudre..
AAP Vous mettez l'accent sur l'analyse de la Profession de foi du vicaire savoyard. Cette étude nous permet de prendre conscience de toute la difficulté pour Rousseau au 18è siècle de maintenir cet axiome d'une croyance raisonnée. Qu'elle était sa religion ?
RH Rousseau offre la particularité d’avoir été rejeté à la fois par les philosophes de son temps, libertins et athées, et par les Eglises – catholique et protestante. La possibilité d’une croyance raisonnée faisait peur de part et d’autre. Il était le seul à maintenir cette position dans l’univers francophone. Quant à sa religion, c’était avant tout celle du cœur, de l’émotion. Il était plus intéressé par l’exemple moral de Jésus que par une théologie où la croix joue un rôle central. Mais c’était déjà trop pour les “ beaux esprits ” du 18ème siècle..
AAP Votre livre est une étude sérieuse et aussi un régal de lecture. Comment avez-vous envisagé ce travail d'écriture par rapport au travail de recherche que ce livre a nécessité ?
RH La rédaction d’un tel ouvrage nécessite un effort de documentation : avant tout lire les livres ainsi que les commentaires. Mais on ne s’intéresse pas à la pensée d’un auteur sans éprouver quelque affection pour sa personne. Et avec Rousseau l’œuvre et la vie sont étroitement liés. Quelqu’un qui se “ confesse ” ne peut pas nous être étranger. Au soir de sa vie, il fait le point et tente – souvent maladroitement – de justifier certaines de ses attitudes. C’est souvent assez touchant. L’intérêt que l’on peut avoir à accompagner Jean-Jacques dans ses considérations toutes personnelles nous fait pénétrer dans son intimité. Et celle-ci éclaire, de manière indirecte, bien sûr, l’intimité du biographe. La mienne.
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