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Le prédicateur laïc, bibliographie de base
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Le point de vue, colloque international francophone d'analyse narrative biblique, Paris, 8 au 10 juin 2006
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Michel Théron, un homme en quête de l'Enfant intérieur
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Paul Ricoeur, brève sélection de livres autour de son oeuvre
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Le clonage, la nature humaine en jeu ?
La mondialisation en livres
Une bibliothèque jeunesse en paroisse |
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Michel Théron, un homme en quête de l'Enfant intérieur
AAP : Votre livre se conclut par un enseignement de la vie. Quel chemin l’agrégé de lettres que vous êtes a-t-il parcouru pour nous livrer cet enseignement ?
Michel Théron : À mon avis, tout livre authentique doit répondre à un questionnement que l’on se pose touchant la vie. Il y a certes des livres qui sont de pure commande, d’autres qui ne répondent chez leurs auteurs qu’à une curiosité de nature intellectuelle : les auteurs ne s’impliquent pas alors vraiment dans ce qu’ils écrivent. Ce n’est pas le cas de ce livre.
Je pense qu’en parlant de l’« agrégé de lettres » que je suis, vous voulez manifester votre surprise que j’aie abordé ici des questions touchant à ce qu’on appelle ordinairement la spiritualité, et qui ne sont pas semble-t-il du ressort d’un « spécialiste » de la langue ou de la littérature. Peut-être aussi faites-vous allusion au rôle social ou institutionnel que j’ai joué (je viens maintenant de prendre ma retraite), en un milieu, l’Université française, laïque et non confessionnel – quand ce n’est pas hostile à toute confession…
Quoiqu’il en soit, il n’y a pas d’hiatus entre ce livre, La Source intérieure, et toute ma vie passée, pas plus qu’avec tout mon enseignement : ce dernier a constamment été de conseiller à mes étudiants de toujours rester en vie, de ne pas abdiquer cette exigence essentielle comme font beaucoup d’adultes, dont les grands rêves et idéaux ont disparu, et qui, même s’ils continuent de jouer leur rôle dans la comédie sociale, sont creux, à l’intérieur, depuis longtemps. Ce sont des coquilles vides, ou des hommes-statues, fossilisés,
ou bien encore comparables à ces étoiles mortes, dont la lumière peut bien continuer encore de nous parvenir, mais qui sont éteintes depuis longtemps. S’ils ne s’en aperçoivent pas eux-mêmes, leur entourage le voit évidemment, et cela est tragique. C’est donc ce que j’ai toujours dit à mes générations d’auditeurs : ne devenez pas adultes,
c’est-à-dire ne capitulez pas.
« Gardez cet essentiel, qui vous appartient, que vous avez déjà connu et qui ne peut vous être enlevé » Gardez cet essentiel, qui vous appartient, que vous avez déjà connu et qui ne peut vous être enlevé : l’Enfant intérieur et salvateur qui est en chacun. C’est cela que maintenant, dans cette sorte de testament spirituel, j’ai appelé : Source intérieure.
Le reste du livre, l’enquête sur les paroles «nbsp;initiales » ou « essentielles » de Jésus, qui peuvent permettre aussi de « rester en vie » est uniquement corrélé à ce propos premier, et ne fait qu’en dériver.
AAP : Votre démarche dans la recherche de la Source est-elle une démarche chrétienne, ou évangélique, en tout cas directement liée à Jésus ?
Michel Théron : Suite à ce que je viens de dire, je répondrai naturellement que j’ai trouvé dans certaines paroles de Jésus des clés pour répondre à la question vitale qui depuis le début s’est posée à moi, mais qu’en aucune façon Jésus (je préfère dire sa voix, et non sa personne, dont je ne sais rien) n’a suscité pour moi cette question.
Je pense aussi que d’autres voix auraient pu ici m’accompagner et m’éclaircir, si j’avais été de culture différente. L’enseignement de Jésus est pour moi celui d’un maître de sagesse, mais il me semble absurde de dire qu’il n’en peut exister d’autre que lui. Qu’il ait même été le plus grand homme qui ait jamais existé, comme dit Renan, perfidement pour certains,
à la fin de sa Vie de Jésus, me semble d’une prétention extraordinaire : comment le sait-il ?
Donc démarche ni «nbsp;chrétienne » (mais Jésus n’était pas chrétien), ni « évangélique » (car ce mot est extrêmement équivoque), ni « directement liée à Jésus », mais extrêmement reconnaissante à cette voix nommée Jésus…
AAP : Il y a un chapitre qui me semble central dans votre réflexion, c’est celui relatif à l’idolâtrie, à la notion de suivance d’un maître. C’est ce thème que vous avez illustré sur la couverture du livre. Vous dénoncez dans ce chapitre l’erreur commise dès les premiers évangélistes qui suivent la personne du Christ, et non pas son message, que vous trouvez dans cette Source Q. Les Églises auraient-elles oublié ce sens profond ?
Michel Théron : Effectivement la couverture du livre a été choisie à dessein. Elle représente une icône copte figurant au Louvre, Le Christ et l’abbé Ménas : le premier a sensiblement la même taille que le second, et d’une main le tient par l’épaule, tandis que de l’autre il tient un livre, ici le Livre, la Bible. C’est une façon de montrer que Jésus nous invite à faire route avec lui, et à l’accompagner seulement,
non à le suivre en subordonné, ainsi qu’à méditer le livre, la Parole. En tout état de cause cette dernière est plus importante que celui qui l’explique, ou même seulement la profère. J’ai parlé à l’instant d’une voix nommée Jésus : Jésus pour moi est une voix qui montre la voie. Il est un exégète de la Parole, non un chef, un guide ou un gourou qu’il faudrait aveuglément suivre.
Ce ne sont peut-être pas, comme vous dites, les premiers « évangélistes » qui l’ont vu ainsi, mais c’est progressivement qu’il est passé du statut d’enseignant ou de conseilleur, à celui de chef ou de guide absolu et exclusif d’une communauté, puis même à celui de Dieu, au 4e siècle. J’analyse dans le livre les différentes étapes de ces « promotions » successives, visibles dès certaines variantes des manuscrits néo-testamentaires.
Mais vous avez raison : elles vont toutes dans le sens de ce que j’appelle une « idolâtrie ». Jamais à mon avis un homme, si grand soit-il, n’est commensurable avec la transcendance d’une Parole qu’il se contente de mettre au jour. Le professeur de lettres en moi est d’ailleurs totalement aussi de cet avis : que pèsent les aléas de la vie d’un auteur à côté de l’absolu de certains textes qui le visitent, il me semble, plutôt qu’ils ne sont créés par lui ?
La vraie résonance des chefs-d’œuvre n’a rien à voir avec la petite biographie de ceux par qui ils apparaissent.
Bien sûr les Églises favorisent ce type d’idolâtrie. Les enjeux en effet sont de pouvoir : non seulement on l’attribue au Maître, au Mandant, qu’on divinise, mais aussi ensuite tout naturellement à ses mandataires, qui agissent en son nom. Beaucoup de communautés chrétiennes ne sont que des fan clubs de Jésus, et en son nom (en celui de sa personne, non en celui de son discours) les fidèles sont sommés de baisser la tête (plutôt que de réfléchir, par exemple en l’écoutant).
Je doute que Jésus lui-même eût voulu de cette idolâtrie et de cette magie divinisantes : souvenez-vous qu’il les refusa, selon les synoptiques, lors de sa Tentation au Désert.
Pour ce que vous dites de la « Source Q », en effet le livre joue sur la polysémie du mot « Source ». Source intérieure fait référence aussi à cette « Source Q. » Source intérieure fait référence aussi à cette « Source Q », qui est une reconstitution supposée par certains chercheurs de l’enseignement ou des paroles (logia) initiaux de Jésus. Je m’intéresse donc au contenu de cet enseignement, plutôt qu’au récit des circonstances dans lesquelles il fut dispensé qui s’est construit ensuite, et où figurent à mon avis beaucoup d’inventions, de fictions pures.
Mais tout autant qu’à cette « Source Q &raqu; vous avez pu remarquer aussi que je renvoie à l’Évangile de Thomas, qui n’est fait lui aussi que de paroles, souvent irradiantes, même si elles sont teintés de gnosticisme : mais qui nous dit d’ailleurs que le message de Jésus ait été si exempt de gnose ? En tout cas, comme on aura pu déjà sans doute le deviner, la problématique générale de la gnose traditionnelle (conjurer une entropie, une dégradation,
un refroidissement généralisés des choses dans le déroulement de toute vie) correspond profondément à celle de mon livre. Que la gnose ait souvent mauvaise presse en Église m’importe peu. Il suffit que ses intuitions et intentions premières soient senties profondément, trouvent leur écho chez les lecteurs de pareille sensibilité. Il y en a, je pense, beaucoup plus qu’on ne le croit, ou le prétend.
AAP : Au chapitre 4, vous introduisez le terme de conversion. Comment faites-vous le lien entre cette recherche de la Source et la conversion ? Et vous vous opposez à la notion de conversion telle que l’on peut la déduire des écrits évangéliques. Pourquoi ?
Michel Théron : La conversion est comme dit ce mot en latin un « retournement ». J’y vois quant à moi un « retour » à quelque chose de perdu, le rétablissement d’une perfection brisée. N’oubliez pas aussi qu’en médecine « rétablissement » veut dire « guérison ». Cette reconstruction d’une unité laissée derrière soi se fait par la réunion à l’enfant intérieur que chacun porte en soi, et dont la plasticité et la disponibilité évitent la sclérose et la stagnation propres à la vie de l’adulte, surtout dans sa deuxième moitié, où la vanité de tout apparaît désespérément. Bien sûr il ne faut pas confondre l’enfant infantile, qui nous tire vers l’arrière dans une régression dommageable, et l’enfant spirituel qui en nous guidant nous donne le courage d’avancer. Telle est donc pour moi la conversion : une remontée, à la Source, à l’enfance perdue mais toujours là si on sait la voir. C-G Jung et la psychologie des profondeurs ont bien insisté là-dessus, par exemple en décrivant la crise et la dépression ordinaires de la mi-vie. Toute la fin du livre est d’ailleurs très jungienne.
Dans l’Évangile de Thomas, la conversion est finement analysée. Il s’agit de trouver l’essentiel, et la « brebis perdue » par exemple n’est pas une brebis parmi d’autres, mais l’« Unique ». Mais dans les textes évangéliques canoniques, la conversion devient une numération statistique : il ne s’agit, pour le missionnaire comme pour le voyageur de commerce, que de « faire du chiffre ». C’est extrêmement aplatissant, et la brebis retrouvée ne se distingue pas fondamentalement des autres : « Il y a plus de joie dans le ciel pour un pécheur repenti que pour mille justes ». Tout se « trivialise », tout le qualitatif de la conversion, sa spécificité, son unicité disparaissent.
AAP : Pour vous est-ce que la recherche de la Source est la recherche du Royaume ? Comment faites-vous dès le chapitre 1 ce lien entre la Source et le Royaume ?
Michel Théron : Oui, « Source » et « Royaume » indiquent pour moi la même réalité. La « Source » est pour moi l’« Enfance », et Jésus dit bien que c’est aux « petits enfants » qu’appartient le « Royaume ».
Le « lien » entre la Source et la Royaume, ou leur « commun dénominateur » si vous voulez, c’est l’intériorité, le retour à soi en solitude comme préalable à toute socialisation ultérieure. Comme la Source, le Royaume est « à l’intérieur de nous », ainsi que le dit Luc en 17/21. Mais les mauvaises traductions de ce passage essentiel foisonnent, car on n’admet pas la recherche solitaire et individuelle, on veut nous socialiser d’emblée et à tout prix, nous faire vivre en troupeau.
AAP : Argumentation philologique sur le mot « religion ». Vous faites une différence entre la religion « lien », et la religion « recueillement » ou « relecture ». Laquelle ?
Michel Théron : « Religion » vient du latin religio, qui lui-même peut venir de religare, relier, ou de relegere, recueillir ou relire. Personnellement je préfère la seconde étymologie et le second scénario au premier. La liaison ou le rattachement à autre que soi, figure de la Transcendance extérieure, constitue un contrat : je te donne mon obéissance, et en échange tu me protèges ou me récompenses. Si au contraire je te désobéis, tu me punis. Pensez par exemple au pacte du Sinaï. C’est un scénario intéressé, un donnant donnant. Je ne suis pas sûr qu’on en sorte grandi. – À l’inverse, si la Transcendance est intérieure, il ne s’agit que de l’accueillir ou la recueillir en soi, et pour cela il suffit de se relire, de scruter avec attention au fond de soi les scénarios ou les possibles de sa vie. De cette réunion de soi à soi vient d’ailleurs ensuite, j’y insiste, un meilleur rapport avec les autres, une vie plus harmonieuse et plus équilibrée : qui d’abord s’est trouvé vraiment trouve tout naturellement, après, les autres. Tandis que du premier scénario, qui infériorise et donc quelque part blesse une des parties du contrat, vient l’agressivité : la violence vient toujours d’abord de celle qu’on se fait à soi-même. Qui a commencé par se meurtrir finit par meurtrir les autres.
AAP : Alors, en librairie, je me suis demandée : à qui puis-je conseiller ce livre ? À qui s’adresse l’auteur ? Quels sont les acquis qu’il attribue à son lecteur ?
Michel Théron : D’abord je vous félicite de jouer encore ce rôle de conseilleur, en une époque ou les livres sont anonymement offerts aux yeux du public, sans plus de personnalisation qu’une boîte de conserve. Votre site est le seul que j’aie vu où les livres sont présentés de façon personnelle, par quelqu’un qui les a ouverts. Maintenez donc cette petite flamme, gardez qu’elle ne s’éteigne.
Je voudrais que le problème que traite mon livre (comment faire qu’il y ait une vie avant la mort ?) soit considéré comme plus important que l’angle d’approche ou la façon dont il le traite : tout ce qui concerne la philologie, la théologie, l’analyse textuelle, etc., y est totalement subordonné à cette question de base.
Bien sûr, une connaissance ou une familiarité préalable avec la Bible est peut-être préférable. Ce livre s’adresse donc aux méditants du Livre.
Mais pas à eux seuls, surtout dans sa seconde partie. Il voudrait aider ceux qu’un catéchisme normatif insupporte, que les injonctions à la socialisation déçoivent, que l’euphorie de commande choque, que les discours agressifs et fanatisés désobligent, et qui voudraient trouver, en eux-mêmes, une piste pour ne plus stagner, ne plus faire faussement illusion, et pour continuer d’avancer.
Puisse-t-il être pour ceux-là aussi une thérapie pour leur être le plus profond, pour leur Âme.
Propos recueillis par Guylène Dubois, le 21 octobre 2005.
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